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 Inuit et Vikings par Robert McGhee

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MessageSujet: Inuit et Vikings par Robert McGhee   Sam 7 Jan - 19:28

Il y a environ 1000 ans, le climat de l'hémisphère nord se réchauffa sensiblement, et pendant plusieurs siècles la température de l'Arctique fut plus douce qu'elle ne l'est aujourd'hui. Il se produisit alors un dégel considérable de l'eau de la mer. A peu près au début de cette période, deux groupes humains entreprirent d'importantes migrations dans les régions arctiques de l'Amérique du Nord. De l'ouest arrivèrent les Inuit de l'Alaska (Esquimaux), nommés peuple de Thulé. Ils sont les ancêtres des actuels Inuit de l'Arctique canadien et du Groenland. Ils se déplacèrent rapidement vers l'est, se servant comme moyen de transport de grandes embarcations en peau. Ils se nourrissaient surtout de baleines et d'autes mammifères marins. Vers l'an 1000, certaines bandes d'entre eux avaient atteint le nord-ouest du Groenland.

De l'est arrivèrent les Vikings d'Islande; ils venaient de colonies qu'ils avaient établies dans le sud-ouest du Groenland à la fin du Xe siècle (appuyez ici pour voir une carte des colonies). Les sagas et les chroniques vikings parlent de diverses expéditions visant à explorer la côte est de l'Amérique du Nord et de l'établissement de colonies qui furent habitées pendant de brèves périodes. Scientifiques et profanes s'efforcent depuis longtemps de localiser avec précision les terres mentionnées dans les sagas : Helluland (terre des pierres plates), Markland (pays des bois) et Vinland (terre du vin). Aujourd'hui, on croit généralement que le Helluland correspond aux étendues stériles et rocheuses de l'île de Baffin, que le Markland désigne la côte fortement boisée du Labrador, et que le Vinland n'est autre que les côtes du golfe du Saint-Laurent. La majorité des archéologues n'accepte que le site archéologique de l'Anse aux Meadows, à la pointe nord de Terre-Neuve, comme preuve de la présence nordique en Amérique du Nord. Les autochtones de ces nouvelles terres reçoivent dans les sagas le nom de «Skraelings», mais il est impossible de déterminer, d'après la vague description qui en est faite, si ces Skraelings étaient des Indiens ou des Inuit; les découvertes archéologiques permettent de penser que les Vikings ont rencontré les deux groupes.

Seuls quelques rares documents indiquent qu'il ait pu y avoir des contacts entre les Inuit et les Vikings des colonies groenlandaises; toutefois, le fait que des objets de facture nordique aient été récemment découverts dans des sites inuit répartis dans divers endroits de l'Arctique canadien nous autorise à examiner les diverses possibilités de rencontres. Afin de déterminer la nature des contacts entre ces deux groupes, et de comprendre comment des objets d'origine nordique ont pu se retrouver dans les établissements inuit, nous disposons principalement de trois moyens : les sagas islandaises et autres récits de la même période, les légendes inuit traditionnelles, et les résultats de nos recherches archéologiques.

Les sagas islandaises

D'après les sagas vikings, Érik le Rouge découvrit le Groenland vers l'an 982, et en l'espace de quelques dizaines d'années, les Islandais fondèrent deux établissements sur la côte sud-ouest. Ces colonies, qui pouvaient compter jusqu'à 3000 habitants, continuèrent d'exister jusqu'au XVe siècle. Lorsqu'Érik débarqua dans cette nouvelle terre, il n'y trouva pas d'habitants. Il découvrit cependant des traces manifestes d'occupations antérieures : des fragments d'embarcations et d'outils en pierre, vraisemblablement des vestiges de la culture de Dorset, propre à une race esquimaude ou à caractéristiques esquimaudes, ayant occupé les régions arctiques de l'Amérique du Nord depuis environ 2000 ans av. J.-C. Cette race fut sans doute exterminée par les Inuit, arrivés plus tard. L'islandais Thorgils Orrabeinsfostre, qui séjourna pendant trois ans sur la côte est du Groenland, après y avoir fait naufrage vers l'an 1000, rencontra peut-être ces populations. Les sagas racontent en effet des aventures étranges et terribles arrivées à Thorgils et à ses hommes. Dans une de ces histoires, ils voient deux «sorcières» en train de dépecer un mammifère marin, à côté d'un trou percé dans la glace. Ils coupent la main de l'une d'elles, les sorcières prennent la fuite et les Vikings réclament la prise.

Entre 1000 et 1030, les Vikings montèrent au moins quatre expédions vers le Vinland et le Markland. Au Markland, ils eurent un affrontement avec des gens qui dormaient sous leurs bateaux. L'un d'eux tua le chef de l'expédition avec une flèche. Au Vinland, ils rencontrèrent des gens qui se déplaçaient dans des embarcations, et troquèrent avec eux du tissu rouge contre des fourrures; cependant, le deuxième contact avec ce groupe dégénéra en échauffourée. On est à peu près certain que ces Skraelings du Markland et du Vinland étaient des Indiens, les ancêtres des Montagnais et des Béothuks.

Les rencontres entre Vikings et Inuit, en plus d'être rapportées dans les sagas, sont mentionnées dans des lettres et divers autres récits. Un de ces récits raconte qu'en 1266, des chasseurs nordiques s'étant aventurés plus au nord qu'à l'ordinaire, peut-être aussi loin que la baie Melville, trouvèrent des traces d'occupation laissées par les Skraelings. À ce sujet, on peut lire dans History of Norway (Histoire de la Norvège), écrite au XIIIe siècle, les lignes suivantes : «... plus au nord, des chasseurs sont tombés sur des gens de petite taille, qu'ils appellent Skraelings; lorsqu'ils sont blessés, leurs plaies blanchissent et ne saignent pas, mais quand ils meurent le sang n'arrête pas de couler. Ils ne connaissent pas le fer, mais se servent de défenses de morse comme projectiles et de pierres aiguisées au lieu de couteaux.» Ce texte est le premier qui fasse état d'une rencontre avec les Inuit, bien que ceux-ci soient arrivés au nord-ouest du Groenland à peu près à l'époque où les Vikings s'établissaient sur la côte sud-ouest de l'île.

Vers 1350, Ivar Bardson fut envoyé au Groenland à la tête d'une expédition destinée à secourir la colonie de l'Ouest, mais la trouva abandonnée. Il ne rencontra aucun Inuit au cours de l'expédition, mais le récit laisse entendre que les Inuit ne furent peut-être pas étrangers à la disparition de la colonie. Les sagas racontent qu'environ trente ans plus tard, en 1379, les Skraelings attaquèrent la colonie de l'Est, tuant dix-huit hommes et capturant deux garçons et une femme. C'est dans une lettre pontificale, d'authenticité douteuse, datée de 1448, qu'on trouve pour la dernière fois mention d'un contact possible : elle parle en effet d'une attaque lancée trente ans plus tôt contre la colonie du Groenland «à partir des rivages habités par les paîens, non loin de là», et précise que la plupart des églises furent détruites.

Ces quelques brefs récits suggèrent que les contacts entre Vikings et Inuit étaient rares et violents, et l'idée que les colonies nordiques du Groenland furent exterminées par les Inuit est aujourd'hui communément admise dans les écrits sur le sujet. Toutefois, comme les sagas furent écrites plusieurs siècles après les événements qu'elles relatent, et après que les récits furent transmis oralement pendant des générations, il est vraisemblable que la relation d'événements dramatiques, comme les combats et les scènes de violence, ait été grandement exagérée par les conteurs.

Légendes inuit traditionnelles

Les légendes inuit traditionnelles, pour leur part, laissent entendre que les Vikings étaient peut-être aussi désireux de pratiquer le troc que de se battre, ce qui correspondrait aux réalités économiques du Groenland médiéval. Le métal était rare chez les Vikings du Groenland, étant donné qu'il fallait l'importer d'Europe, comme d'ailleurs les céréales, le bois et les biens de luxe. Les paiements de ces importations s'effectuaient en peaux de morse, d'ours polaire et d'autres animaux, et surtout en ivoire de morse et de narval. Afin d'amasser les vastes quantités d'ivoire de morse qui, selon les documents, étaient troquées contre des produits européens, les Vikings devaient parcourir cinq cents kilomètres pour se rendre, au nord de leurs colonies, jusqu'aux terrains de (Passe où abondaient les morses. Une fois arrivés, ils auraient eu avantage à troquer avec les Inuit de petits bouts de métal ou des outils usés contre de l'ivoire de morse, des peaux et d'autres produits locaux, étant donné qu'ils devaient retourner le plus vite possible dans leurs colonies où on avait besoin d'eux. Si tel était le cas, cela contribuerait à expliquer la dissémination d'objets nordiques sur de vastes étendues de l'Arctique canadien, dans les sites inuit des XIIe et XIIIe siècles.

Le témoignage de l'archéologie

Les découvertes archéologiques effectuées jusqu'à présent n'appuient pas l'idée qu'il n'y ait eu entre les deux peuples que des rencontres brèves et violentes. On ne trouve dans les colonies nordiques du Groenland aucune trace de massacre, de destruction de fermes ou d'occupation de terres vikings par les Inuit. Dans les établissements inuit du Groenland, on trouve des traces d'objets nordiques, mais rien n'indique si les Inuit les ont obtenu par le troc, par le combat ou par le pillage de colonies abandonnées. Le fait que les archéologues aient découvert, dans toutes les parties de l'Arctique canadien, des objets en fer, en bronze et en cuivre fondus indique que le métal était à cette époque une marchandise extrêmement prisée des Inuit.

Les objets d'origine européenne ne sont pas rares au Groenland. On en a retrouvés dans des établissements inuit du XIVe au XVIe siècle, alors que les Vikings avaient déjà abandonné leur colonie de l'Ouest. Ces objets viennent peut-être du pillage des fermes inhabitées. Toutefois, beaucoup plus au nord, dans la région de Thulé au nord-ouest du Groenland, on a retrouvé aux emplacements de villages inuit du XIIe ou XIIIe siècle un fragment de cotte de mailles, un pied de marmite en métal, un peigne, un pion de jeu de dames et un bout de tissu de laine. A l'ouest de la région de Thulé, dans le voisinage du fiord d'Alexandra sur la côte est de l'île d'Ellesmere, on a également exhumé, d'un site datant du XIIe ou du XIIIe siècle, un fragment de cotte de mailles, du tissu de laine, des rivets en métal (du genre de ceux qui étaient employés pour les bateaux nordiques) et un morceau de chêne. Les fouilles ont récemment mis à jour, dans un site datant de la période de Thulé, sur la côte ouest de la terre d'Ellesmere, un objet de plus grand intérêt : il s'agit d'une barre articulée en bronze qui faisait partie d'une balance pliante (appuyez ici pour en voir une photo), très semblable à celles dont se servaient les marchands nordiques de l'époque médiévale pour peser les pièces de monnaie et d'autres petits objets. Ces trouvailles laissent croire que des groupes de chasseurs et de marchands nordiques ont pu atteindre cette région septentrionale.

On trouve fréquemment dans l'Arctique canadien des fragments de fer provenant de sites inuit de culture thuléenne du XIIe ou XIIIe siècle. Bien que ces morceaux de métal soient surtout d'origine météorique, le fer est quelquefois fondu et, tout comme c'est le cas de morceaux de cuivre et de bronze également fondus, les fragments de fer proviennent probablement des colonies nordiques. Il semble presque certain, d'après ce que rapportent les sagas, que les Nordiques connaissaient l'île de Baffin, qui serait le «Helluland», territoire rocheux et stérile situé au nord du Markland et du Vinland. Les navires semblent avoir emprunté, pour se rendre du Groenland jusqu'au Markland et au Vinland, une route longeant au nord la côte du Groenland, puis traversant le détroit de Davis là où il est le plus étroit, ce qui les aurait conduits à accoster dans la péninsule du Cumberland, en terre de Baffin. Les expéditions jusqu'au Markland (Labrador), probablement pour couper du bois, continuèrent au moins jusqu'en 1347, année où un navire parti du Markland à destination du Groenland aurait été poussé jusqu'à l'Islande. Au cours des trois siècles précédents, les Vikings devaient vogué, du moins de temps à autre, le long de la côte est de l'île de Baffin, et il semble quasi inévitable qu'ils y aient parfois débarqué. Si des relations commerciales avaient déjà été établies à cette époque avec les Inuit du Groenland, on peut supposer qu'elles furent étendues avec profit aux Inuit de culture thuléenne de la terre de Baffin.

Des recherches archéologiques effectuées dans une habitation inuit du XIIIe siècle, dans la partie sud de l'île de Baffin, ont rapporté une trouvaille unique. Il s'agit d'une petite sculpture sur bois (appuyez ici pour en voir une photo), exécutée dans le style caractéristique des Thuléens à cette époque, mais représentant un personnage vêtu d'une longue robe, portant sur la poitrine ce qui paraît être une croix. Les vêtements sont semblables à ceux que portaient les Européens d'alors, ce qui permet de croire que le sculpteur avait vu quelqu'un vêtu de cette façon. On a trouvé au Groenland des figures de Vikings sculptées par des Inuit de l'endroit, mais comme le style de cette statuette diffère de celui qui caractérise les sculptures groenlandaises, on est amené à croire qu'elle est l'oeuvre d'un artiste local.

Les sites archéologiques où on a fait des fouilles ne constituent qu'une infime partie des établissements, dispersés dans tout l'Arctique canadien, qui remontent à la période précédant l'abandon des colonies nordiques (appuyez ici pour voir une photo d'une maison thuléenne). Des recherches plus poussées fourniront sans aucun doute de nouveaux indices de relations possibles entre Vikings et Inuit. Certes, il se pourrait que toutes les pièces de tissu et tous les objets en fer, en bronze et en cuivre qu'on a trouvés dans les sites inuit de l'Arctique canadien aient été obtenus grâce à quelques incursions dans les fermes groenlandaises ou lors d'expéditions de chasse. Elles auraient ensuite été transportés comme objets de troc vers le nord, depuis les groupes inuit jusqu'à la région de Thulé, puis vers l'ouest et le sud à travers l'Arctique canadien. Cependant, il semblerait que l'histoire ne s'arrête pas là. Il est douteux en effet que les contacts entre Vikings et Inuit se soient limités à de rares et brefs affrontements. On est plutôt autorisé à croire que ces peuples se sont livrés pendant plusieurs siècles à des activités commerciales profitables aux deux partis, et que ces relations peuvent avoir encouragé les Vikings à s'aventurer de temps à autre dans certaines parties de l'Arctique canadien oriental.

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La « liberté d'expression » m'intéresse assez peu s'il s'agit de la liberté des vaches de regarder passer les trains en ruminant, juste avant l'abattage..
Maurice G. Dantec
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